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bouteflika fait bondir à alger et à barbès
bouteflika fait bondir à alger et à barbès -



le président algérien veut modifier la constitution afin de pouvoir briguer un troisième mandat. ce qu'en pensent ses compatriotes en algérie et à paris.

alors que des millions d'américains ont choisi un nouveau président tout beau tout neuf, en algérie, on demande à 33 800 000 habitants de garder l'ancienne version, peut-être à vie. abdelaziz bouteflika, né le 2 mars 1937, 7e président, ne souhaite plus avoir une date de péremption s

ur la tête. malgré une hospitalisation sérieuse en 2005, il veut rempiler en 2009, au terme de deux mandats présidentiels. problème : la constitution ne lui permet pas d'en briguer un troisième. comment compte-t-il s'y prendre pour rester au pouvoir ? tout simplement, en faisant voter un amendement à l'article 74 de la loi fondamentale.

il ne s'agit pas, pour boutef, de taper du poing et d'annoncer comme l'ancien président chadli, après les émeutes de 1988 réprimées dans le sang : je veux cette chaise, je resterai dessus et je mourrai dessus. on connaît la suite... l'actuel chef de l'etat, lui, semble avoir confiance en son peuple. il entend donc agir de façon à se faire réélire. a 71 ans, il s'apprête à donner un coup de lifting à la constitution. mais que pensent les algériens de tout ça ?

azzedine/, 27 ans, travaille à alger comme téléopérateur dans un secteur en plein boum, la téléphonie mobile : c'est de la mascarade tout ça ! un cirque ! ce pouvoir, il fait ce qu'il veut. en tant que jeune algérien, je ne me sens pas du tout concerné par la politique de mon pays, c'est triste mais c'est comme ça, je n'ai aucun moyen de changer les choses, nos politiciens, les chefs de partis sont là à faire les bouffons. si bouteflika veut rester au pouvoir, je ne vois personne qui peut changer ça à part allah !

ses propos rejoignent ceux de tarik/, 43 ans, marié, deux enfants, bijoutier : le pouvoir algérien vit pour lui-même, il devrait s'abstenir de demander au peuple son avis, d'ailleurs, la participation aux élections locales de novembre 2007, a été de 12% seulement. Ça en dit long. et comme par le grand des hasards, ces manœuvres de changement de constitution tombent juste après l'augmentation faramineuse du traitement des députés qui ont vu leur salaire passer de 180 000 dinars à 300 000 dinars (environ 3000 euros). une honte ! c'est tout. amina/, 34 ans, cadre dans le privé, ne décolère pas : ici, on survit, on ne vit pas. le gouvernement fait ce qu'il veut. on n'a aucun mot à dire. avant c'était l'armée, maintenant, c'est les politiciens. Ça ne changera jamais, tant que des affamés seront aux commandes.

retour à paris. je m'installe dans un bar de barbès-rochechouart fréquenté par la communauté algérienne. je demande à un homme âgé qui a gardé sa doudoune son point de vue sur la réforme de la constitution voulue par bouteflika. moi, dit-il, je trouve que c'est une excellente chose. je fais souvent des allers-retours au bled. je ne vois pas quelqu'un d'autre pour le remplacer

un jeune lui coupe la parole : t'as raison, ya el-hadj. j'y étais, à alger, cet été, et quoiqu'on dise, même s'il a fait des erreurs, actuellement, c'est le plus compétent le jeune homme finit de boire son café. une troisième personne, moins jeune, se lance : avant, en algérie, c'est les généraux qui menaient la guinguette, fais tout ce que tu veux, tu vois, mais tu ne touches pas à leur business. maintenant, la majorité des commandants sont vieux où morts. même si l'armée algérienne est très structurée, c'est l'administration publique qui fait sa mayo. tout marche par piston et connaissance. tu vois

un quatrième, habillé en veste kaki, intervient, le sujet passionne visiblement : tout ça, c'est de la merde, une passoire pour cacher le soleil. l'etat n'a jamais été là pour nous, il n'y en que pour eux. ils ont tout pris, tout barricadé. pourquoi ne pas avoir un jeune comme obama ? a 47 ans, il dirige pourtant une très grande puissance et il est plus proche de la réalité ! avec boutef, nous sommes toujours en 1970, il est déconnecté de la vie

l'assemblée ne le laisse pas terminer sa phrase : mais, non, tu racontes n'importe quoi, ce n'est pas de sa faute, c'est la faute de ses collaborateurs, du moment qu'on lui donne des rapports où tout est bien le jeune à la veste kaki ne lâche pas l'affaire : c'est bien ce que je dis, complètement débranché. un homme très âgé portant une barbe ressent le besoin de s'exprimer : moi, je dis qu'une chose. il sait qu'il est plus proche de la tombe. il pense à sa vie d'après. a sa rencontre avec le créateur. il est obligé de faire du bien.




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883 lectures
Source : Malik Youssef
Proposer par: Ahmed RADAH


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